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Mathilde Janicot, cofondatrice de Revolty

Surplus solaire à 1,1 c€ : ce qui change vraiment selon la date de votre contrat

RéglementationAutoconsommation
Graphique de la chute du tarif d'achat du surplus solaire pour les installations de moins de 9 kWc : 12,69 c€/kWh avant mars 2025, 4 c€/kWh au 28 mars 2025, puis 1,1 c€/kWh depuis le 5 juin 2026, soit une baisse de 91 % en quinze mois.

Un kilowattheure de surplus vous rapporte aujourd'hui 1,1 centime. Le même kilowattheure, racheté au réseau le soir, vous coûte 20,65 centimes en heures pleines (tarif réglementé EDF au 1er février 2026). Vous vendez à un prix, vous rachetez dix-neuf fois plus cher.

C'est la conséquence de l'arrêté du 1er juin 2026, publié au Journal officiel le 4 juin et applicable depuis le 5. Depuis, les articles se multiplient et les titres sont anxiogènes.

Sauf que la plupart oublient l'essentiel : cette réforme ne s'applique pas à tout le monde. Si votre installation date de 2021, vous n'êtes probablement pas concerné. Si vous signez cette semaine, vous l'êtes entièrement. Et entre les deux, une seule date décide.

Ce que dit l'arrêté du 1er juin 2026

Le texte modifie l'arrêté du 6 octobre 2021, celui que la filière appelle « S21 ». Il concerne les installations sur bâtiment, hangar ou ombrière jusqu'à 500 kWc en métropole continentale.

Trois changements pour le résidentiel :

Le tarif de rachat du surplus passe à 1,1 c€/kWh hors taxes. Il était d'environ 4 c€ depuis le 28 mars 2025, et de 12,69 c€ avant cette date. En quinze mois, il a perdu 91 % de sa valeur. Le tarif est garanti vingt ans et revalorisé de 2 % par an.

La prime à l'autoconsommation disparaît. Elle atteignait environ 80 €/kWc, soit 480 € pour une installation de 6 kWc. Elle est supprimée, pas réduite.

Un plafond de production rémunérée apparaît. Au-delà de 1 600 heures par an et par kWc installé, le surplus injecté n'est plus racheté. Pour 9 kWc, cela représente 14 400 kWh injectés par an, un seuil que peu de foyers atteignent.

Un quatrième point revient souvent dans la presse : la fin de la vente en totalité. Pour les installations de 9 kWc ou moins, elle n'existait déjà plus depuis le 28 mars 2025, en application de l'arrêté du 26 mars. Le texte de juin étend cette suppression au reste du guichet ouvert. Pour un particulier, ce n'est donc pas une nouveauté.

La seule question qui compte : quelle est la date de votre DCR ?

DCR, pour demande complète de raccordement. C'est la date à laquelle Enedis a validé votre dossier, pas la date de signature de votre devis, ni celle de la pose des panneaux, ni celle de votre premier virement EDF OA.

Cette date figure sur l'accusé de réception que vous avez reçu d'Enedis, et elle est reprise sur votre contrat d'achat. Si vous ne la retrouvez pas, votre installateur l'a.

Date de votre DCR Ce qui s'applique
Avant le 5 juin 2026 Vos conditions d'origine, maintenues vingt ans. Prime comprise si vous y aviez droit
À partir du 5 juin 2026 Nouveau régime : 1,1 c€/kWh, sans prime

Il n'y a pas d'effet rétroactif. Un contrat EDF OA signé fixe son tarif pour toute sa durée, et la prime déjà perçue ou en cours de versement reste acquise.

Vous avez un contrat antérieur : ce que vous gardez, et le piège

Si votre DCR est antérieure au 5 juin 2026, vous conservez tout. Le tarif de rachat en vigueur au moment de votre demande, sa revalorisation annuelle, et la prime selon les modalités de l'époque. Pendant vingt ans à compter de la mise en service.

Concrètement, un foyer raccordé en 2021 continue de vendre son surplus au tarif de 2021. Un foyer raccordé en avril 2026 vend à environ 4 c€. Ni l'un ni l'autre ne bascule à 1,1 c€.

Le piège est ailleurs, et il est réel. Toute modification de votre installation qui déclenche une nouvelle demande complète de raccordement vous fait basculer dans le régime en vigueur au moment de cette nouvelle demande. Une augmentation de puissance, typiquement, quand on ajoute des panneaux.

Autrement dit : agrandir une installation de 2021 peut vous coûter votre tarif de 2021 sur l'ensemble de votre production. Avant d'ajouter le moindre panneau, faites chiffrer ce que vous perdez d'un côté et ce que vous gagnez de l'autre. La réponse n'est pas toujours celle qu'on croit.

Deuxième point de vigilance, moins connu : EDF OA autorise le changement de nature d'exploitation pour les contrats S21, c'est-à-dire le passage de la vente en totalité à la vente du surplus, ou l'inverse. Mais cette bascule implique le remboursement de tout ou partie de la prime perçue, et l'abandon de la prime restant à percevoir. Ce n'est pas une opération neutre.

Vous installez maintenant : ce qui reste

Le nouveau régime supprime deux sources de revenu et en laisse une intacte, que la réforme n'a pas touchée.

La TVA à 5,5 % est maintenue. C'est un dispositif fiscal distinct de l'arrêté tarifaire, applicable depuis le 1er octobre 2025 aux installations jusqu'à 9 kWc, sous conditions cumulatives : installateur RGE, raccordement Enedis, gestionnaire d'énergie intégré et modules à faible empreinte carbone. Sur un projet résidentiel, l'économie dépasse largement les 480 € de la prime disparue.

La revente du surplus subsiste, mais elle change de nature. À 1,1 c€/kWh, une installation de 6 kWc qui injecterait 2 000 kWh par an génère 22 € de revenu annuel. Ce n'est plus un flux financier, c'est une ligne comptable.

Et c'est précisément ce que l'État cherchait. La réforme ne supprime pas la rentabilité du solaire résidentiel, elle la déplace. Elle ne récompense plus le fait de produire, elle récompense le fait de consommer ce qu'on produit.

Le calcul qui change tout

Reprenons les deux chiffres du début.

Un kWh injecté sur le réseau vous rapporte 1,1 centime hors taxes. Un kWh que vous consommez vous-même vous évite d'acheter au réseau, donc vous fait économiser 20,65 centimes en heures pleines, ou 15,79 centimes en heures creuses (tarif réglementé de vente, barème EDF au 1er février 2026).

Le rapport est de un à dix-neuf en heures pleines. La comparaison mélange un tarif hors taxes et un prix TTC, mais c'est bien ce que vous constatez sur votre compte en banque : ce que vous encaissez d'un côté, ce que vous n'avez pas à décaisser de l'autre.

Un foyer solaire sans stockage ni pilotage consomme directement 20 à 40 % de sa production, selon les données de la filière. Le reste part sur le réseau. Autrement dit, la majorité de ce que produit votre toit est aujourd'hui valorisée à 1,1 centime alors qu'elle pourrait l'être à vingt.

C'est là que se trouve l'argent, et nulle part ailleurs.

Les trois leviers qui restent, du plus simple au plus performant

1. Décaler vos usages. Lancer le lave-vaisselle, le lave-linge et le chauffe-eau pendant les heures de production. Programmer la recharge du véhicule électrique à midi plutôt qu'à minuit. Rien à installer, rien à acheter. Le taux d'autoconsommation passe typiquement de 20-40 % à 40-60 % avec du pilotage de charges. C'est le premier levier, et beaucoup de foyers ne l'ont jamais activé sérieusement.

2. Piloter automatiquement. Un routeur solaire ou un gestionnaire d'énergie redirige le surplus vers un ballon d'eau chaude ou une borne de recharge sans que vous y pensiez. L'eau chaude devient une forme de stockage, et le levier fonctionne même quand vous n'êtes pas là pour y penser.

3. Stocker. C'est le levier le plus complet : une batterie récupère la production de midi pour la restituer le soir, exactement là où ni le décalage ni le pilotage ne peuvent rien. Les installations avec batterie atteignent 70 à 100 % d'autoconsommation, contre 20 à 40 % sans rien. C'est aussi le seul levier qui vous rend indépendant du réseau en cas de coupure, et le seul qui continue de travailler la nuit. Sa pertinence dépend de votre profil : si vous êtes chez vous toute la journée et que vous consommez déjà l'essentiel de votre production, le gain sera plus modeste.

Ces trois leviers se cumulent, et chacun relève le plafond du suivant. Un foyer qui a déjà décalé ses usages tire davantage de sa batterie qu'un foyer qui n'a rien fait, parce que la batterie sert alors uniquement à couvrir ce qui reste vraiment : le talon du soir et de la nuit.

Ce que j'en pense

La revente du surplus n'est plus un modèle économique. C'est un reliquat administratif.

À 1,1 centime, injecter sur le réseau n'est plus une décision d'investissement, c'est ce qui se passe par défaut quand on n'a rien prévu d'autre. Pendant quinze ans, on a vendu le solaire résidentiel avec un argumentaire de rendement financier adossé à un tarif garanti. Cet argumentaire est mort le 5 juin 2026, et il ne reviendra pas.

Ce n'est pas une mauvaise nouvelle. Un modèle qui dépend d'un tarif fixé par arrêté est un modèle fragile, comme deux baisses en quatorze mois viennent de le démontrer. Un modèle fondé sur l'électricité que vous ne payez pas ne dépend d'aucun arrêté, et il s'améliore mécaniquement à chaque hausse du prix de l'électricité. La Commission de régulation de l'énergie a d'ailleurs proposé une hausse moyenne de 2,5 % TTC au 1er août 2026.

La vraie question n'est plus « combien me rapporte mon surplus ». C'est « combien de mon surplus est-ce que j'arrive à ne pas vendre ».

Questions fréquentes

Mon contrat EDF OA signé avant juin 2026 change-t-il ?

Non. Si votre demande complète de raccordement a été validée par Enedis avant le 5 juin 2026, vous conservez le tarif et la prime en vigueur à cette date, pour toute la durée de votre contrat de vingt ans. La réforme n'a pas d'effet rétroactif.

Quel est le tarif de rachat du surplus en 2026 ?

1,1 c€/kWh hors taxes pour toute demande complète de raccordement déposée à partir du 5 juin 2026, avec une indexation de 2 % par an sur vingt ans. Le surplus injecté au-delà de 1 600 heures par an et par kWc installé n'est pas rémunéré.

La prime à l'autoconsommation existe-t-elle encore ?

Non. Elle est supprimée pour toute demande complète de raccordement déposée à partir du 5 juin 2026. Elle atteignait environ 80 €/kWc, soit 480 € pour une installation de 6 kWc. Les primes déjà versées ou en cours de versement restent acquises.

Puis-je encore vendre la totalité de ma production ?

Non, pas en résidentiel. Pour les installations de 9 kWc ou moins, la vente en totalité n'est plus éligible au dispositif depuis le 28 mars 2025. Seule l'autoconsommation avec vente du surplus reste possible.

Est-ce que je perds mon ancien tarif si j'ajoute des panneaux ?

C'est un risque réel. Une modification de puissance qui déclenche une nouvelle demande complète de raccordement fait basculer l'installation dans le régime en vigueur au moment de cette nouvelle demande. Faites chiffrer l'opération avant de vous engager.

La TVA à 5,5 % est-elle supprimée par la réforme ?

Non. C'est un dispositif fiscal distinct de l'arrêté tarifaire, toujours applicable aux installations jusqu'à 9 kWc depuis le 1er octobre 2025, sous conditions cumulatives.

Les panneaux solaires sont-ils encore rentables après la réforme ?

Oui, mais la rentabilité vient désormais de l'électricité que vous ne payez pas, plus de celle que vous vendez. Le retour sur investissement reste de l'ordre de huit à douze ans selon l'ensoleillement et le profil de consommation, à condition d'atteindre un taux d'autoconsommation élevé.

Faut-il une batterie depuis la réforme ?

C'est le levier le plus complet, parce qu'il couvre le soir et la nuit, là où décaler ses usages ne peut plus rien. Les installations avec batterie atteignent 70 à 100 % d'autoconsommation, contre 20 à 40 % sans rien, et c'est la seule solution qui maintient le courant pendant une coupure. Le gain dépend de votre profil de consommation. Notre simulateur vous donne une réponse chiffrée en deux minutes, gratuitement et sans inscription.


Sources : arrêté du 1er juin 2026 modifiant l'arrêté du 6 octobre 2021 (Journal officiel du 4 juin 2026) · arrêté du 26 mars 2025 · avis de la Commission de régulation de l'énergie · barème des tarifs réglementés de vente EDF au 1er février 2026 · EDF Obligation d'Achat.

Article publié le 10 août 2026 par Mathilde Janicot, cofondatrice de Revolty. Mis à jour au fil des évolutions réglementaires.

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